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"C’estoit la coustume des bergeres de Lignon de ne rencontrer jamais estranger, sans luy offrir toute sorte d’assistance, leur semblant que les loix de l’hospitalité le leur commandoient ainsi. Ceste coustume convia Astrée, Diane et toute leur compagnie, de faire ces mesmes offres à ces belles estrangeres, et apres, leur demander la cause de leur voyage. A quoy Florice respondit pour toutes : Qu’estant envoyées en ceste contrée, par l’ordonnance d’un dieu qui leur avoit deffendu d’en dire encore l’occasion, elles n’oseroient luy desobeyr, que cela estoit cause qu’elles ne pouvoient leur satisfaire. Et s’estant enquise qui estoient ces bergeres, et ayant sceu de Phillis leurs noms, Florice s’adressant à Astrée: J’advoue, dit-elle, que j’ay esté aveugle de ne cognoistre pas que vous estiez la bergere Astrée, de qui la beauté, ne pouvant se renfermer en un si petit pays que le Forests, remplit de sa louange toutes les contrées d’alentour. Mais vous devez, ce me semble, recevoir pour excuse, qu’admirant et vous et Diane, je demeurois comme esblouye et confuse de trop de lumiere. Et je commence de bien esperer de nostre voyage, puis que d’abord nous avons faict la plus heureuse rencontre que nous eussions peu desirer." Nostalgie d’Oriane (feutre marron à pointe fine): à son origine, le roman était plus proche de la fable que du réalisme et ce qu’il disait se situait ainsi à un autre niveau beaucoup plus profond, car métaphorique, de signification. Aujourd’hui il court après la réalité, au mieux une réalité s’appuyant un peu sur la fiction, au pire (et c’est souvent le plus commercial) après le fait-divers devenant ainsi une forme mieux écrite de journalisme. Or je crois sincèrement que la littérature ne remplit vraiment son rôle que si elle nous sort de la pragmatique utilitariste linguistique. Si je parviens enfin à achever mon roman, ne me demandez pas une histoire qui «tienne debout».
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